Patrycja Waszczuk, la championne de Pologne U18F en titre et championne d'Europe U16 en 2019, a été suspendue pour deux ans après avoir été surprise en train d'utiliser son téléphone portable dans les toilettes lors de la ronde 4 du festival d'échecs d'Ustron le 16 Août dernier. Patrycja avait joué le championnat de Pologne féminin adulte une semaine plus tôt. Klaudia Kulon et Monika Soćko ont déclaré qu'elles étaient en larmes après avoir affronté la plus jeune participante du plateau. Le père de celle-ci affirme qu'il s'agit de diffamation et a fait appel, qualifiant les preuves de conjecturelles.
La Fédération Polonaise des échecs a suspendu Patrycja Waszczuk, 17 ans, de toutes compétitions échiquiéenne pendant deux ans après l'avoir reconnue coupable d'avoir utilisé "une aide extérieure ou un dopage électronique" lors de la quatrième ronde du Festival d'échecs d'Ustron le 16 Août dernier. Son match nul dans cette partie a été converti en défaite et elle a été expulsée du tournoi.
La décision 1/10/2020 de la Commission des Prix et de la Discipline datée du 6 Octobre 2020, a récemment été publiée sur le site internet de la Fédération Polonaise des échecs, avec tous les noms masqués (y compris, celui de Magnus carlsen !)
Les principales conclusions sont énumérées ci-dessous (l'accent est mis sur nos propres conclusions, pour plus de clarté) :
Le rapport précise que la Fédération polonaise des échecs applique une approche stricte de tolérance zéro à la possession d'un téléphone portable lors de ses principales manifestations telles que les championnats polonais d'échecs, ce qui entraînerait une suspension automatique de deux ans. La tolérance zéro n'était pas en vigueur lors du festival d'échecs Ustroń - qui a rassemblé près de 600 joueurs et a eu Anatoly Karpov comme invité d'honneur - mais la Commission affirme que la possession d'un téléphone et le soupçon de son utilisation sont suffisants pour un verdict de culpabilité, même en l'absence d'autres preuves.
Ils affirment qu'il n'y avait aucun doute de culpabilité et que Patrycja était clairement pleinement consciente de ce qu'elle faisait. De plus, ils affirment avoir appliqué une suspension de deux ans plutôt qu'une peine plus longue (le cas d'Igors Rausis qui a été dépouillé de son titre de GM et a reçu une suspension de 6 ans est mentionné) en raison du jeune âge de la joueuse.
Le rapport de la Commission note également que les experts ont trouvé une correspondance entre les coups de Patrycja et les coups d'un logiciel d'échecs au cours du championnat d'Europe des moins de 16 ans féminin de 2019 à Bratislava (visualisez les parties), où elle avait pris la première place avec 7,5/9.
…ainsi qu'au Championnat de Pologne à Szklarska Poręba en mars 2020, un tournoi open de 39 joueurs où la joueuse a réalisé le score presque parfait de 7,5/8. La seule joueuse à avoir fait nulle contre Patrycja, Michalina Rudzińska, a publié un message sur Facebook le 17 août dernier une fois que son adversaire ait été coincée pour triche.
Elle a décrit les nombreuses suspicions d'autres joueuses :
Une telle situation devrait être choquante, mais elle ne l'est pour aucune d'entre nous, car depuis environ un an et demi, la question n'était plus de savoir si elle trichait, mais quand elle serait attrapée. J'ai moi-même affronté cette joueuse cette année au Championnat de Pologne des moins de 18 ans : après chaque coup elle quittait la salle de jeu pour aller aux toilettes, mais en raison de problèmes de temps, dans une position facile à gagner, elle n'a pas pu convertir et la partie s'est terminée par la nulle, son seul demi-point lâché dans le tournoi, puisqu'elle a remporté le Championnat avec un résultat incroyable de 7,5/8, battant facilement tous les joueurs de la catégorie d'âge la plus élevée.
Étions-nous sûrs à 100% qu'il s'agissait de triche ? Bien sûr que non. Mais la façon dont la suspicion permanente, l'irritation et l'absence de réaction des personnes qui auraient dû s'impliquer nous ont énormément touché mentalement. Je ne parle même pas des pleurs, des hauts et des bas et du sentiment d'impuissance après une ronde, des émotions qui ont clairement eu impact sur la suite du tournoi. Il n'a jamais été question du résultat. Il s'agissait du fait que chacun de nous savait que quelque chose n'allait pas. Et oui, les soupçons étaient forts, oui, ils ont été signalés. Et pour réponse, on nous a dit que nous étions jaloux, que nous ne pouvions pas profiter du succès d'une collègue et pourquoi était-on en train de lui souhaiter du malheur ? Qu'en tant que polonaises, nous devons former une union. De plus, on jouait dans la même équipe donc notre soutien était indispensable. On devrait aussi l'encourager, l'applaudir lorsqu'elle monte sur le podium et écouter fièrement l'hymne national. Combien de personnes ont perdu des médailles ou ne serait-ce que la possibilité d'une évolution de carrière juste et mérité ? Ou encore qui a perdu tout espoir de réaliser son rêve ? Nous nous sommes sentis trompées, presque incapables d'y faire quoi que ce soit, car, en tout franchise, il n'y avait tout simplement presque personne qui voulait la prendre sur le fait.
Cependant, le tournant a été atteint lorsque Patrycja Waszczuk s'est qualifiée en tant que plus jeune participante au prestigieux championnat de Pologne féminin, qui s'est tenu du 4 au 12 août à Ostrów Wielkopolski.
Vous pouvez revoir la totalité des parties en cliquant sur le résultat de la table ci-dessous :
Patrycja avait très bien démarré son tournoi puisqu'elle avait signé une fantastique victoire contre la quadruple championne de Pologne, Jolanta Zawadzka. En ce qui concerne une preuve de triche, le 26...Rf8! suggéré par l'ordinateur dans la position suivante était une aubaine.
Il ne s'agit pas de son seul coup de magie. Après 41.Txc8 les noirs sont bien après le tout simple 41...Fxc8, mais 41...Cg4 !!, le choix de Stockfish, est encore plus joli.
Les noirs ont gagné en 51 coups.
Klaudia Kulon, qui avait 5,5/6 lorsqu'elle perdit une magnifique partie contre Patrycja à la ronde 7, a commenté la première partie de Jolanta sur un site d'information polonaise :
Pendant cette partie, elle a réussi à aller aux toilettes plus d'une douzaine de fois en trois heures. C'était vraiment beaucoup. Et en soi, c'était déjà suspect. Dans la partie contre moi, elle est allée tous les deux ou trois coups à des moments clés, et quand elle est revenue, elle a fait son coup presque immédiatement. Sans réfléchir. Il était clair qu'elle recevait de l'aide d'une manière ou d'une autre, bien que nous ne sachions toujours pas comment. Au Championnat de Pologne, elle n'avait pas de téléphone, et cela nous a rendu la tâche plus difficile pour la coincer, bien que nous étions tous sûrs à 99,9% que quelque chose n'allait pas.
J'étais dans la forme de ma vie. Je voulais réaliser mon rêve et me battre pour le titre de Championne de Pologne. Je me sens trompée. Il y avait des pleurs et du désespoir. La première chose que j'ai faite après la défaite contre Patrycja a été de téléphoner à ma mère et de pleurer, parce que j'étais sûre que ce n'était pas une compétition sportive propre. Plus de trois mois se sont écoulés depuis le championnat de Pologne et pas un jour ne s'est passé sans que j'en parle à quelqu'un. Je n'arrive toujours pas à m'enlever ça de la tête.
Klaudia a terminé première ex-aequo avant de s'incliner aux départages contre Karina Cyfka, qui a battu Patrycja en 82 coups, à la deuxième ronde. Klaudia n'était pas la seule joueuse à être dégoûtée d'avoir perdu contre Patrycja. Monica Socko, 8 fois championne de Pologne, a fait nulle à la ronde 6. Elle a affirmé :
Ce qui s'est passé est vraiment douloureux. Pendant le tournoi, nous savions contre qui nous nous battions. J'étais tellement désespérée que je voulais aller aux toilettes après elle et vérifier si elle n'utilisait pas une assistance électronique. Mais deux autres joueurs l'ont fait et l'ont surprise en train d'utiliser un téléphone. Au championnat de Pologne, après mon match contre Patrycja, nous avons tous les deux été contrôlées. Et quelque chose a vibré au niveau de la ceinture de son pantalon. Elle a été contrôlée par deux adolescentes, qui n'étaient probablement pas prêtes pour une telle situation et ne savaient pas ce qu'elles devaient faire. Bien longtemps après le Championnat de Pologne, j'ai été choqué par la situation, car la jeune fille n'a peur de rien et continue de clamer son innocence. J'ai 42 ans et je pleure rarement, mais après le match contre Patrycja, contre qui j'ai fait nulle, mes nerfs étaient à vif. Après le tournoi, il m'a été impossible de dormir pendant une semaine. Tout ça parce que je sentais qu'elle faisait des coups qui ne lui seraient pas venus à l'esprit sans l'aide d'un programme. Mais je n'ai rien pu prouver. Ce fut une expérience terrible. La situation est sans précédent et triste.
Selon le père de Patrycja, Mariusz, sa fille est innocente
Il y a eu une campagne de diffamation contre ma fille. Une haine terrible a été déversée sur elle. Nous souffrons terriblement. Les gens nous voient comme des tricheurs, mais ce n'est pas vrai. Il n'y a aucune preuve. Cette affaire est une conspiration de deux des rivales de Patrycja.
Mariusz a aussi déposé de nombreuses plaintes concernant la procédure suivie, arguant notamment que puisqu'ils ont fait appel du verdict, le message sous le nom de sa fille sur le site web de la Fédération polonaise des échecs devrait être modifié.
Il se plaint que les préoccupations de COVID-19 ont été utilisées par la Commission pour éviter de lui donner accès à tous les documents et que certains membres de la Commission étaient partiaux - il dit que le président avait publiquement commenté, "c'est bien que cette maladie [pathologie] ait pris fin", avant que l'affaire ne soit pleinement entendue.
Il a engagé un avocat et un joueur d'échecs, Paweł Dziubiński, qui avait défendu avec succès un autre joueur polonais, Krzysztof Ejsmont, en 2007. Krzysztof a été accusé d'assistance informatique sur la base de la force de ses coups. À l'époque, la Commission a statué :
Les arbitres ne disposaient pas de preuves irréfutables, et l'analyse du programme Rybka peut tout au plus servir de preuve circonstancielle dans cette affaire.
Mariusz indique clairement qu'il prévoit d'utiliser la même défense, bien que dans ce cas il y ait des déclarations de témoins et des aveux apparents ainsi que des analyses informatiques. Il a donné sa version des faits à Ustroń :
Lors de la 4e ronde, un arbitre s'est approché de ma fille et l'a informée qu'il avait reçu un rapport d'une des joueuses selon lequel Patricja avait utilisé un téléphone dans les toilettes. Bien sûr, on lui a demandé si elle l'avait sur elle. Elle a sorti son téléphone de son sac et a montré qu'il était éteint, puis elle l'a rendu. C'était conforme au règlement de l'événement, où nous pouvions lire : "Un joueur a le droit d'avoir un téléphone portable ou tout autre appareil de communication électronique dans la salle de jeu s'il est complètement éteint et conservé dans un sachet spécial, un sac ou un sac à dos".
L'arbitre a demandé à ma fille si elle avait un autre appareil électronique. Elle a répondu que non, après quoi elle a été autorisée à continuer à jouer. Après la fin de la partie, Patricja a été informée qu'elle devait se soumettre à une fouille d'elle-même et de son sac à l'aide d'un détecteur de métaux. Elle a accepté, mais comme elle est mineure, elle a demandé que cela se fasse en présence de son tuteur, et lors de ce tournoi, c'était sa grand-mère. Patricja voulait téléphoner à sa grand-mère, mais comme cela se passait dans la salle de jeu, elle a demandé s'il était possible d'appeler son tuteur à l'extérieur, ce qui a été décrit dans le rapport comme une tentative de quitter la salle de jeu. On lui a également demandé si elle disposait d'un téléphone ou d'un autre appareil électronique. Elle s'est ensuite rappelée qu'elle disposait également d'une batterie externe. Les arbitres ont alors commencé à dire qu'elle n'avait pas mentionné cela auparavant. Ma fille a alors suggéré de ne pas attendre sa grand-mère et d'effectuer le contrôle sans la présence d'un tuteur. Puis l'arbitre en chef s'est rétracté. Il a dit à Patricja qu'il n'en voyait plus la nécessité puisqu'elle avait avoué et que cela leur suffisait. Le match nul de cette partie a été changé en défaite, puis elle a été exclue de l'événement et il a annoncé qu'il allait signaler l'affaire à la Commission de discipline. Par conséquent, personne n'était intéressé par savoir si elle possédait bel et bien un autre appareil et quel type. De même, personne n'a vu le prétendu second téléphone. Ma fille a été accusée à tort. De plus, lorsqu'elle est allée aux toilettes, elle n'a pas pris son sac, dans lequel se trouvaient le téléphone et la batterie externe. Sans aucun contrôle, elle a été catégorisée de bandit et de tricheuse.
Le GM Radosław Jedynak, président de la Fédération polonaise des échecs, a déclaré :
Ce type de tricherie est très difficile à détecter. Il est difficile de confirmer, après tout, que quelqu'un a fait quelque chose dans les toilettes si vous n'y êtes pas entré. Cependant, si quelqu'un va aux toilettes plus d'une douzaine de fois au cours d'une partie, puis bat l'une des meilleures joueuses, et gagne ensuite contre d'autres rivales sérieuses, cela donne matière à réflexion.
Ce qui ressort une fois de plus avec cette affaire est l'immense impact de la triche aux échecs, ainsi que de la suspicion de triche. Cela concerne l'ensemble des joueurs et des tournois, avec des tricheurs qui peuvent avoir n'importe quel âge. On vous tiendra informé de la moindre évolution sur l'affaire de Patrycja Waszczuk.
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