Interviews 22 déc. 2020 | 14:32par Colin McGourty

Kamsky : "Les gens se trompent en disant que j'ai abandonné les échecs"

Gata Kamsky a eu l'une des trajectoires en carrière la plus extraordinaire parmi les joueurs élites. Né en Sibérie, il s'est installé aux États-Unis à 14 ans et a surpris le monde des échecs en entrant dans le top 10 mondial sans avoir le moindre titre (!) à 16 ans. Il a participé à un match de championnat du monde à l'âge de 22 ans, mais a ensuite quitté le monde des échecs. Sa décision n'est pas survenue de son propre chef mais à la demande de son père, comme il a expliqué dans une interview à TVN.ru. Gata est revenu sur le circuit 8 ans plus tard et s'est à nouveau hissé au sommet et déplore un favoritisme pour les autres joueurs américains qui a rendu sa carrière plus difficile.

Le quintuple champion des USA a joué le championnat national pour la dernière fois en 2017 | photo: Lennart Ootes

L'incroyable ascension de Gata Kamsky au sommet du monde des échecs a commencé lorsqu'il a quitté l'URSS pour vivre aux États-Unis. Il a amorcé une longue interview en deux parties avec Artur Khalilullov pour TVN.ru en parlant de la façon dont cette décision s'est prise à l'Open de New York en 1989. Nous avons traduit les moments importants de l'interview en russe ci-dessous :


Sa décision d'aller aux USA

On va vraiment aborder cette histoire ancienne ? J'avais 14 ans à l'époque. Un enfant ne peut pas prendre de décisions sérieuses à cet âge. Tout a été décidé pour moi par mon père - il avait prévu cette étape à l'avance. En 1988, nous avons joué dans le championnat junior et mon père avait prévu de rencontrer des représentants de la Fédération américaine des échecs afin d'obtenir leur invitation. Déjà à l'époque, mon père avait planifié cette fuite vers l'Ouest.

Pourquoi ?

Dans l'Union soviétique, il y a toujours eu un problème de concurrence très relevée. Il y avait toujours une flopée de talents phénoménaux, et malgré le fait que j'avais gagné deux fois le championnat junior de Russie, je n'avais pas pu me rendre aux événements internationaux. Toutes les décisions dans ce domaine étaient prises par le Comité d'État des sports pour les échecs, qui était composé d'un groupe réduit des "nôtres". Cela leur laissait un pouvoir énorme sur tout ce qui concernait les échecs en URSS. En fait, ce sont eux qui ont décidé du sort des joueurs d'échecs. Pour résumer, si pour une raison ils ne vous aimaient pas, ils pouvaient décider de mettre un terme à votre carrière. 

Une fois, mon père et moi sommes allés à Kishinev pour un tournoi, mais même là, ils nous ont dit que nous ne pouvions pas être acceptés sans l'approbation du Comité des sports. Ils ont pris contact avec Moscou, qui leur a répondu : n'inscrivez pas cette personne, nous protégeons son talent. Après cela, mon père a compris qu'il allait être difficile de se progresser si nous n'étions pas les protégés de quelqu'un, ou si nous n'étions pas à l'école Kasparov ou Botvinnik.

Le favori de Kasparov a toujours été Kramnik. Il est assez drôle de voir que  Kasparov a insisté pour que Kramnik puisse jouer un match de championnat du monde contre lui, et qu'il ait finalement perdu contre cet adversaire. Et après ce match, le camp de Kramnik ne lui a pas offert de match retour (rires). Eh bien, c'est aussi une vieille anecdote...

Revenons à la "fuite vers les USA" ?

Ils ne voulaient pas nous laisser partir mais nous avons été invités à un tournoi à New York. Notre fédération a alors dit : pourquoi un petit enfant devrait-il voyager ? Nous devrions envoyer un célèbre grand maître soviétique. Mon père a mené un combat féroce. Pour cela, nous avons même rejoint la société de Petersbourg "Dinamo" et nous y avons fait une belle rencontre, celle avec l'avocat Yury Sergeyevich Jakovlev. Il continue à exercer et a maintenant 90 ans. Finalement, nous avons réussi à faire en sorte de nous rendre au tournoi.  

Après coup, la fédération m'a dit qu'ils avaient compris que mon père voulait désespérément aller au tournoi sur le territoire américain et y rester. Trois officiels influents se sont mis d'accord sur mon voyage, de sorte que si quelqu'un était puni, il faudrait qu'il punisse trois personnes connues en même temps. Ils ont cependant décidé de ne pas s'en prendre à mon père, car il était révolutionnaire. Il pouvait causer des problèmes administratifs ou encore se plaindre quelque part. Et en répartissant la responsabilité de la décision entre trois personnes, la fédération s'est mise à l'abri de la punition. 

Comment s'est passé l'arrivée aux USA ?

Nous avons d'abord rencontré des intermédiaires, car la Fédération américaine des échecs ne pouvait pas immédiatement savoir si cela valait la peine de discuter avec nous. Ils ont fini par se mettre d'accord d'une manière ou d'une autre. 

C'est ainsi que nous avons été mis en contact avec le FBI. Il était bien connu que les sportifs soviétiques étaient souvent envoyés avec des représentants des services de sécurité de l'URSS. Finalement, le dernier jour du tournoi à New York, des gens du FBI sont entrés dans le hall et dès que ma partie s'est terminée, ils nous ont emmenés, mon père et moi, dans notre chambre d'hôtel et l'ont verrouillée.

Puis ils nous ont déplacé avec nos valises dans une camionnette et nous ont conduit jusqu'au bâtiment principal du FBI à New York. Après cela, ils ont soumis mon père à un long interrogatoire auquel 3 ou 4 personnes ont participé. Mon père, bien sûr, a un talent pour parler et décrire les événements de manière à attirer les gens. L'interrogatoire a duré 4-5 heures. En général, il leur a brossé un tableau de la situation de telle manière qu'ils nous ont accordé un asile politique. Mon père a réussi à leur dire que je pourrais amener le titre de champion du monde aux USA.

Les USA n'avaient pas leurs propres joueurs ?

Il n'y en avait pas autant que maintenant. À l'époque, la majorité des joueurs d'échecs américains ne gagnait rien et jouait jusqu'à l'université ou pendant 2 ou 3 ans de plus, après quoi ils changeaient d'activité professionnelle. Quant à moi, je pouvais vraiment me battre pour le titre de joueur le plus fort de la planète sous le drapeau américain.

En général, c'est comme ça que ça se passait. Quand je venais d'arriver, j'étais classé dans les environs des 2300. Et un an plus tard, en 1990, mon elo était passé  à 2650. De tels progrès étaient considérés comme sans précédent et il n'y a jamais eu quelque chose comme ça dans l'histoire - 300 points en un an. À ce moment-là, j'étais déjà 5-6ème joueur mondial. Il est curieux que je sois devenu un grand maître sans avoir eu le titre de maître international.

Un an plus tard, j'ai atteint le cycle des candidats pour le titre de champion du monde d'échecs. Et en 1996, j'ai joué un match pour le titre contre Karpov, c'est-à-dire qu'en 7 ans aux États-Unis, j'avais fait tout ce chemin. Bien sûr, si j'étais resté en Russie, il n'y aurait rien eu de tel, donc un tel choix du côté de mon père s'est avéré absolument justifié, sportivement parlant.

Pourquoi avoir quitté les USA

Vous avez vécu aux États-Unis à partir de 1989. Vous considérez-vous actuellement comme un Américain ou un Russe ?

En fait, je ne vis plus aux Etats-Unis. Je suis parti en 2015, et on m'a souvent demandé pourquoi j'avais quitté ce pays. La raison principale est que je n'ai pas du tout été aidé aux États-Unis lorsque je me suis battu pour les plus grands titres. Malgré le fait que je sois devenu américain grâce à mon passeport, pour les principaux sponsors et de nombreuses personnes influentes, je restais un Russe. C'est drôle qu'ils aient donné beaucoup plus de soutien à un Américain d'origine japonaise, Hikaru Nakamura.

Gata Kamsky parlait de retraite échiquéenne à l'âge de 40 ans, mais continue de jouer à 46 ans. Il a joué cette année Fabiano Caruana, n°2 mondial, en Bundesliga. | photo: Oliver Koeller

Et ce, malgré le fait que j'habitais dans le pays depuis 20 ans et que j'avais non seulement participé au match contre Karpov, mais j'avais aussi été à une marche d'un deuxième match de championnat du monde lorsque j'ai perdu contre Topalov. Je n'ai eu aucun soutien. Les principaux sponsors, qui ont organisé le célèbre club d'échecs de Saint Louis, attendaient toujours qu'un Américain se présente enfin, malgré le fait que j'ai déjà été quatre fois champion des États-Unis entre 2009 et 2015. 

Hikaru a reçu un soutien énorme, même s'il n'était pas candidat pour les matchs du championnat du monde, alors que je l'étais. Mais ils ne m'ont apporté aucun soutien. Un joueur japonais était considéré comme un plus grand Américain que moi, un Russe. Bien sûr, à l'époque, les relations entre l'Amérique et la Russie ont fondamentalement changé et cela a été un facteur important. D'une manière générale, bien sûr, cela m'a rendu malade et offensé, mais j'ai essayé de prendre sur moi... Maintenant que cela n'est plus aussi important, je peux dire que j'avais peut-être tort, ou que je deviens comme Bobby, paranoïaque (rires).

J'ai joué de nombreuses années pour les USA. Je leur ai donné l'opportunité de gagner le championnat du monde par équipe pour la première fois de l'histoire. Après cela, ils m'ont à peine aidé financièrement pour me rendre à Kazan pour le tournoi des candidats - ils ont réuni 5 000 dollars, ce qui n'était même pas suffisant pour engager un de mes entraîneurs. J'en ai eu marre et ai arrêté de jouer pour les États-Unis.

Finalement, Hikaru Nakamura n'a jamais pu se qualifier pour un match de championnat du monde, mais quelques années plus tard, Wesley So émigre des Philippines à Saint Louis et nous avons connu le retour au pays de l'Italo-Américain Fabiano Caruana, qui reçoit un soutien que même Nakamura n'avait pas eu. C'est ainsi que Fabiano arrive à un match de championnat du monde contre Magnus et partout, dans tous les journaux, on clame que pour la première fois après Bobby Fischer, un Américain joue un match pour le titre de champion du monde d'échecs, en oubliant bien sûr mon match contre Karpov. Tout commentaire est superflu quand de tels propos sont venus de Fabiano, lui-même.  

Vous avez donc décidé de quitter les USA ?

Oui car je me suis dit : pourquoi est-ce que je vis ici ? Je n'étais pas sûr au début mais j'ai ensuite rencontré ma deuxième femme, qui vient de Russie. Nous avons décidé d'essayer de rentrer en Russie. Fin 2015, je suis arrivé en Russie. Je suis né en Sibérie, puis j'ai déménagé à Saint-Pétersbourg avec mon père, puis de là aux États-Unis, et puis je suis revenu en Sibérie car ma femme est originaire de là-bas.

En 2017, nous avons de nouveau déménagé à Saint-Pétersbourg. C'est plus proche des tournois d'échecs que ce soit ceux d'Europe ou de Russie. Cette année, elle s'est inscrite dans une université française et nous avons déménagé là-bas, en septembre.

Gata Kamsky et sa femme WGM Vera Nebolsina

Pour être honnête, les échecs sont bien sûr une grande partie de ma vie, mais ce n'est pas le plus important. Je ne suis pas comme Bobby Fischer, qui a dit que pour lui, les échecs sont la vie. Si cela avait été le cas pour moi, je serais devenu fou depuis longtemps, comme Bobby. 

Je comprends parfaitement que vous puissiez devenir fou. Chaque joueur d'échecs a des parties qu'il ne peut pas oublier, que ce soit pour le meilleur ou le pire. J'ai eu les deux. Par exemple, quand j'ai perdu contre Topalov dans la 7ème partie (en 2009). Ce match a été spécialement conçu par la FIDE pour m'enlever toute chance de jouer le titre contre Anand. Et personne n'a pu m'aider, car la FIDE a sympathisé avec Topalov. Cela remonte, ne nous y attardons pas.

Gata Kamsky et Veselin Topalov pendant leur match de 2009 à Sofia | photo: Kidon, Wikipedia

Il m'a battu en zeitnot et j'ai d'abord fait une erreur en ratant le gain, puis c'était égal et je ne suis pas parvenu à assurer le match nul. J'avais une position gagnante, mais je ne voyais pas comment la concrétiser - j'hésitais entre déplacer une tour ou un pion. Je n'ai pas vu de différence, mais il y en avait une, car il y avait un piège diabolique, mais je ne l'ai pas vu et j'ai commis une erreur. En conséquence, j'ai perdu la partie puis tout le match. Topalov a ensuite joué pour le titre de champion du monde contre Anand. C'était après que j'ai gagné la Coupe du monde 2007. Et c'est reparti, une grande partie de la victoire était due à la politique. Mais bon...    


31...b4!! et Gata aurait pu revenir à égalité dans le match. En zeitnot, il joua 31...Teb8?!, et après 32.Dc7! Tc8? 33.Dxc4! Topalov était sur le point de gagner la partie et le match

Et le deuxième moment, c'est quand j'ai joué les fameux matches des Candidats à Kazan. C'était un événement majeur et le président du Tatarstan, Minnikhanov, nous a salués. Au premier tour, je me suis vengé de Topalov, en le battant. Et au deuxième tour, j'ai joué contre Boris Gelfand. Toutes nos parties classiques se terminèrent par la nulle. Nous avons donc joué des départages et dans la troisième partie je l'ai battu de manière inattendue avec les Noirs en rapide. Et tout ce que j'avais à faire était de faire une nulle dans la quatrième partie pour atteindre la finale contre Grischuk. Le vainqueur de ce match serait qualifié pour jouer un match de championnat du monde, toujours contre Anand.


Kamsky-Gelfand a été une lutte intense, avec 4 nulles qui ne reflétaient pas la combativité des deux joueurs. 

À l'époque, mes entraîneurs étaient Sutovsky et notre ami commun Volokitin d'Ukraine. J'avais seulement besoin d'une nulle, et cela signifie que j'avais besoin d'une ouverture solide. Emil a dit que j'avais besoin de jouer aux échecs pour gagner. C'est mon ami, mais en même temps je comprends qu'il est d'Israël, comme Gelfand. Donc la situation s'est avérée délicate (sourires). C'est là que j'ai compris que mon ami aurait de gros problèmes en Israël s'il m'aidait à battre son compatriote (rires).

J'ai donc décidé de jouer pour gagner avec e4. Nous avons joué une sicilienne très tendue avec Boris, avec qui j'ai également de très bonnes relations. Je le connais depuis l'enfance, comme Alisa et Ivanchuk. Nous sommes tous originaires de Russie. Finalement, dans cette partie, nous avons eu une position où j'ai vu une ligne de nulle, mais j'ai ensuite subi une sorte de black-out et j'ai oublié la ligne et j'ai perdu la partie. J'étais vraiment bouleversé. Et je ne comprenais pas pourquoi j'avais vu la ligne mais que je ne l'avais pas jouée.


25.Fxf7+! avec l'idée 25...Rxf7 26.Dxc4+ suivi d'une capture du Cc5 aurait donné la nulle à Kamsky.

C'est le genre de black-out psychologique qui arrive aux joueurs d'échecs. Naturellement, Gelfand était inspiré suite une telle victoire et je ne pus m'en remettre mentalement. J'ai perdu deux autres parties de blitz, et le match. En fait, ce n'était pas aussi douloureux que de perdre contre Topalov.

Pourquoi a-t-il quitté les échecs alors qu'il était encore un candidat crédible à la couronne mondiale ?

C'est aussi une question difficile. On pourrait supposer que je serais peut-être devenu champion du monde si je n'avais pas fait de break et ainsi de suite. Mais encore une fois, pour moi, les échecs n'ont jamais été la chose la plus importante dans ma vie. À l'époque, il était plus important que je reçoive une instruction universitaire.

J'ai aussi eu une relation très compliquée avec mon père dès ma plus tendre enfance. Il est né immédiatement après la guerre et ce furent des années très difficiles, avec la mentalité inhérente des gens qui sont nés à cette époque qui diffère radicalement de celle des générations suivantes.

Et j'ai été élevé de manière stricte, avec une instauration rigide d'objectifs. Nous avons toujours eu des relations très compliquées et je n'étais pas d'accord avec mon père sur beaucoup de choses. Selon la tradition tatare qui m'a été inculquée dans mon enfance, je n'avais pas le droit de parler. Un fils doit obéir sans réserve à son père, ce qui créait encore plus de problèmes. 

C'est pourquoi les gens se trompent lorsqu'ils disent que j'ai abandonné les échecs. C'était sa décision. Mais, pour être tout à fait honnête, j'étais heureux de ne pas être obligé de jouer aux échecs et de voyager avec mon père pour participer à des tournois. J'ai enfin eu du temps pour moi, j'ai pu aller à l'université et vivre une vie normale. Si vous n'êtes pas au courant, de nombreux joueurs d'échecs modernes n'ont aucune formation ou sont des étudiants des facultés de sport rattachées aux universités.

Mais revenons à 1996.

A Elista, Karpov avait une équipe très forte. L'ajournement des parties était encore une pratique commune. Ce facteur l'a vraiment aidé dans ce match contre moi. Lors d'une des parties, il a sauvé une très mauvaise position après la reprise d'une partie ajournée. Et, en général, lorsqu'il s'agit de parties ajournées, il nous a vraiment piégés. Pourtant, au départ, nous avions convenu qu'il n'y aurait pas de parties ajournés dans notre match.

Anatoly Karpov a gagné le championnat du monde  FIDE 10,5-7,5 de 1996 (Garry Kasparov détenait le titre du PCA)  photo: Chessentials 

Le principal problème avec l'ajournement est la possibilité de consulter les partenaires de votre équipe d'entraîneurs et vous perdez l'esprit d'une compétition entre deux joueurs d'échecs devant un échiquier. Et plus tard, avec l'apparition d'ordinateurs puissants, ce problème était encore plus grave. En 1996, je vous assure que l'équipe de Karpov l'a aidé dans les parties ajournées. 

Mais dans l'ensemble, Anatoly a très bien joué et sa préparation était bonne. Il était beaucoup plus expérimenté que moi. Karpov a pu préparer tous mes points forts et "cerner" tous les faibles. Nous n'avions aucun contact avec le monde et il n'y avait pas encore d'internet. Nous n'avions même pas la possibilité de contacter quelqu'un par téléphone pendant les parties ajournées, comme cela s'est passé dans cette série sur la joueuse d'échecs Harmon. Si vous vous souvenez bien, toute l'équipe américaine l'avait aidée à gagner grâce à un coup de téléphone. 

Le match s'est conclu par le résultat le plus logique. J'ai détaillé toutes les parties dans mon livre - j'ai d'ailleurs publié une collection en deux volumes de mes meilleures parties. En Russie, malheureusement, le livre n'existe pas car je l'ai écrit en anglais. J'espère qu'il y aura une traduction d'ici quelques années. 

Et la décision d'arrêter les échecs ?

En fait, mon père l'a prise sur un coup de tête. Après le match, nous sommes restés quelque part à Elista pendant une semaine de plus, et mon père était toujours plus affecté que moi par mes victoires et mes défaites. Pour lui, c'était comme s'il avait joué lui-même. Ce n'est vraiment pas très sain, puisque j'ai été forcé de vivre comme mon père le voulait. 

Quand j'étais gosse, on me demandait souvent : pourquoi avez-vous une expression aussi grave ? Mais pourquoi se réjouir si l'on se rend compte qu'en cas de perte, on sera très sévèrement critiqué par son père, alors qu'on est enfant et qu'on ne peut pas trop se rebeller. Je me sentais dans une impasse.

Sur son retour aux échecs

Un an après Elista, mon père est venu me proposer de reprendre les échecs. Et, bien sûr, j'ai refusé. Il ne pouvait pas s'y opposer, puisqu'il avait lui-même pris la décision de me faire terminer ma carrière à Elista. Et je ne voulais pas jouer aux échecs alors que mon père avait prévu de voyager avec moi.

Gata Kamsky a battu le jeune Magnus Carlsen en demies sur sa route triomphale de la Coupe du monde 2007 | photo: Evgeny Atarov, ChessBase

Mais lorsque nous avons pris notre envol chacun de son côté et que j'ai terminé mes études de droit, j'ai pu rejouer tranquillement aux échecs. J'ai décidé de rejouer de moi-même sans l'aide de mon père. Et, presque immédiatement, je suis revenu à mon niveau. Je me suis qualifié pour la Coupe du monde et j'ai participé au tournoi des candidats. Et puis je me suis fait un plan : si je ne deviens pas champion du monde avant mes 40 ans, j'arrêterais. 

Vous avez été proche du sacre à une seconde reprise.



En 2008, je me sentais prêt. J'ai gagné la Coupe du monde. Et à l'époque, la règle était que le vainqueur de ce tournoi avait immédiatement le droit de jouer un match pour le titre de champion du monde. Mais de la politique s'en est mêlée. Et, en conséquence, ils ont décidé d'organiser un match supplémentaire contre Topalov pour avoir le droit de jouer contre le champion du monde. Il est très regrettable que les joueurs d'échecs n'aient pas le droit de s'exprimer au sein de la FIDE. Les gens de la fédération ont simplement décidé que ce serait plus intéressant de cette façon, et que personne n'avait besoin du bilan sportif et d'une qualification équitable.

Des chances de réconciliation avec son père ?

Revenons au sujet de votre père. Avec le recul et tout ce qui s'est passé, votre père ne s'est jamais excusé auprès de vous ? 

De telles personnes ne changent pas avec l'âge. Au contraire, il a toujours envisagé la vie sous l'angle de l'obtention d'un résultat, quel qu'en soit le coût. Lui et moi parlons très rarement - une ou deux fois par an. En fait, il lui est tout simplement impossible de dire "désolé" à quelqu'un.

Quant à la vie aux États-Unis, elle l'a en fait empiré. Là-bas, il se sent complètement permissif. Avec mon frère et ma soeur, nous avons essayé de faire la paix avec mon père, mais c'est tout simplement inutile.


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